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Qu’est-ce que le Gohonzon ?

Ryuei Michael McCormick. 2001.

http://nichirenscoffeehouse.net/GohonzonShu/082.html

 

Question :

Si le Gohonzon est vraiment le reflet de notre nature de bouddha (bussho, buddha-dhatu) et que le mandala nous aide simplement à nous concentrer lors de la récitation de daimoku, alors ne peut-on dire que toute vie est un Gohonzon ? Car toute vie contient la nature de bouddha et notre nature de bouddha est contenue dans toute vie.

Réponse :

Je suis d’accord avec vous pour une part mais il convient d’ajouter quelques remarques :

1. Le mot Gohonzon est employé en équivalent de mandala alors que ce n’est pas tout à fait exact. Les mandalas représentent le Gohonzon, à l’égal d’autres figurations, tels les portraits ou les statues, alors que le Gohonzon n’est pas un objet qui pourrait être reçu ou donné, et je ne considère pas comme pratiquant du Dharma bouddhique quiconque chosifie le Gohonzon.

2. En s’appuyant sur les goshos, et particulièrement sur les cinq Ecrits majeurs, la Nichiren Shu enseigne que le Gohonzon est le Bouddha Shakyamuni Atemporel qui n’est autre que le Dharma Merveilleux lui-même. Et pour être encore plus précis (suivant en cela les arguments de la Kempon Hokke Shu qui me l’a fait remarquer), le Gohonzon est le Bouddha Eternel Shakyamuni en train de transférer le Dharma Merveilleux contenu dans le Sutra du Lotus à tous les êtres sensitifs lors de la Cérémonie dans les Airs.

3. Pour être encore plus précis, et d’après les goshos et les commentaires de l’Ecole Tian-tai sur lesquels Nichiren fonde ses enseignements, le Bouddha Atemporel Shakyamuni dont parle le chapitre XVI du Sutra du Lotus est l’unité des trois corps (trikaya) : le corps du Dharma (Dharmakaya, hosshin), le corps de sagesse ou de rétribution (sambhogakaya, hoshin) et le corps de manifestation (nirmanakaya, ojin). Cela est important car cela révèle la relation entre le Bouddha et notre propre nature de bouddha. Cette relation étant beaucoup plus complexe qu’on ne l’entend généralement.

4. Il semble qu’en parlant de la nature de bouddha vous désigniez le Dharmakaya dans le sens où c’est le Dharmakaya qui est notre vraie nature. Le Dharmakaya est la Vérité qui se réveille ou à laquelle on s’éveille et il n’est en rien différent de nos vies. Ce Dharmakaya est personnifié par Mahavairocana Tathagata (Dainichi Nyorai) dans le Shingon. Mais le Dharmakaya n’est pas le Gohonzon du bouddhisme de Nichiren. Celui-ci relève plus de notre pratique et n’est pas la simple potentialité d’Eveil de notre nature de bouddha. Il faut qu’il y ait un contact constamment actualisé avec la bodhéité de Shakyamuni Atemporel afin de le déclencher. Ce contact déclencheur est Namu Myoho Renge Kyo.

5. Bouddha c’est la bodhéité actualisée, c’est une personne qui a fait jaillir tous les mérites, les vertus, la compassion et la capacité d’enseigner d’un véritable Ainsi-venu et qui se présente sous les deux aspects, celui du sambhogakaya, corps de sagesse et celui du nirmanakaya, corps de manifestation. Le sambhogakaya, appelé également corps de rétribution, est la forme spiritualisée de la nature du Bouddha. C’est le corps que normalement seuls les bodhisattvas avancés peuvent percevoir. Le sambhogakaya possède les 32 marques et 80 caractéristiques ainsi qu’une lumière infinie, la prajna, et sa réalisation, la compassion. Le sambhogakaya est généralement personnifié par le Bouddha Amitabha mais cette présence spirituelle constante de lumière et de vie n’est pas non plus le Gohonzon du bouddhisme de Nichiren. Pas plus que ne l’est le corps de manifestation, nirmanakaya ou Bouddha historique. Toutefois, aussi bien le corps de rétribution que le corps de manifestation sont parties intégrantes du bouddhisme de Nichiren, au même titre que le corps du Dharma ou nature de bouddha.

6 Nous en arrivons donc à l’interprétation radicale de Zhiyi (Grand-Maître Tian-Tai) qu’adopte également Nichiren et qui distingue le Bouddha du XVIème chapitre de tous les autres bouddhas ou gohonzons d’autres écoles. Ce Bouddha du chapitre XVI est à la fois la potentialité universelle de la nature de bouddha, la bodhéité actualisée d’un corps de rétribution toujours présent et une manifestation concrète de Shakyamuni dans ce monde. L’universel, l’idéal et le concret, dans leur unité, touchent notre vie par le biais du Sutra du Lotus, qui, dans le monde d’aujourd’hui, se médiatise en Daimoku. Le Bouddha Shakyamuni Atemporel est l’unité des trois corps, trikaya et c’est la vision la plus achevée d’un Bouddha. Le Gohonzon est ainsi la conjonction de la Vérité, de la Sagesse qui l’explicite et de la Compassion en action ; c'est le partage avec tous les êtres.

7. Le Gohonzon n’est ni un objet, ni juste le Bouddha historique Shakyamuni, ni une omniprésence spirituelle, ni la nature de bouddha, ni la potentialité de l’Eveil ; pas plus qu’il n’est l’Eveil réalisé quelque part en dehors de soi ; il n’est ni une autre personne, ni un self, ni un système soliptique ; il n’est ni un principe abstrait, ni le texte du Sutra du Lotus, ni rien de cette sorte. On aurait envie de dire que le Gohonzon est le lieu de rencontre de tout cela pour nous et en nous mais une telle formulation serait un peu poussée, très technique et finalement juste un tour de passe-passe mystique.

8. Il serait plus judicieux de dire que le Gohonzon est l’Eveil, sans avoir besoin de distinguer soi et l’Autre, ceci et cela, sans le réduire ni en objet physique ni en concept. C’est l’Eveil en tant qu’adhésion totale à la Vérité Merveilleuse qui fleurit telle une fleur du lotus et à laquelle se réfère l’Enseignement-Dharma.

9. Les cérémonies que nous effectuons sont essentiellement destinées à nous aider à revenir à ce point essentiel.

10. On me connaît pour avoir dit : « Les seuls qui peuvent recevoir le mandala sont ceux qui ont compris qu’ils n’ont pas un besoin essentiel de le recevoir ».

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